Après des années de développement, Minecraft, le film est enfin dans les salles. Nous avons pu le voir et voici notre avis sans spoilers sur ce film tiré d’un jeu vidéo sans histoire.

Comment créer un récit à partir d’un jeu vidéo qui n’en a pas ? Qui plus est, pour l’adapter sur grand écran. C’est ce que tente de réaliser Minecraft, le film, dérivé d’une licence à plusieurs milliards d’euros. Le tout sur un jeu vidéo sorti en 2011, qui n’a pas d’histoire et qui est cubique.

Minecraft est le pire jeu vidéo qui pouvait être adapté au cinéma

Les discussions entre la Warner et Mojang, le studio derrière Minecraft, ont débuté en 2014 (juste avant le rachat par Microsoft). S’en sont suivies plusieurs années de développement avec trois réalisateurs différents et plusieurs scénaristes.

La sortie a longtemps été annoncée et longtemps repoussée. Ce qui montre à quel point ce film sur Minecraft a été long, c’est l’âge des acteurs. Emma Myers, qui joue Natalie (la sœur de Henry), a tout juste eu 23 ans ce 2 avril : elle avait donc 12 ans quand la production du film a débuté. Quant à Sebastian Eugene Hansen qui joue Henry (à savoir le personnage principal, il va bientôt souffler sa quatorzième bougie : en 2014, il avait à peine cinq ans. Tout ce contexte pour expliquer que le développement de Minecraft, le film a été laborieux.

Les quatre personnages du film qui rencontrent Steve // Source : Warner Bros.
Les quatre personnages du film qui rencontrent Steve // Source : Warner Bros.

Pour raconter une histoire à partir de… rien (Minecraft n’a pas de récit narratif), les scénaristes ont pensé à une Orbe magique qui permet de s’aventurer dans un monde Minecraft. Un homme, Steve (Jack Black) passionné par les mines, la découvre un beau jour : il est transporté dans ce monde cubique. Sauf que l’Orbe revient dans le monde réel et atterri dans les mains de quatre personnages de la vie réelle : ils rentrent à leur tour dans un monde Minecraft et vont devoir en sortir.

Ces personnages sont : Henry, le jeune adolescent (Sebastian Eugene Hansen), Natalie sa grande sœur (Emma Myers), Garett Garrison, un quarantenaire qui n’est plus dans le coup (Jason Moma) et Dawn, une jeune femme toujours souriante et qui a toujours de bonnes idées (Danielle Brooks). On ne vous en dira pas plus pour ne pas gâcher la « surprise » qui vous attend en salles, mais comprenez que l’histoire ne tient pas sur de solides bases.

D’ailleurs, l’introduction du film est longue, très longue et même bourrative : un enchaînement de gags avec un débit de parole très élevé en voix-off.

Minecraft, le film ne prend pas le temps de respirer, alors que le jeu, oui

Le seul moment de détente du film, où le spectateur prend le temps de vivre, c’est au tout début. Quand les premières notes de Sweden, musique iconique composée par C418 et présente depuis très longtemps dans le jeu. Pour le reste, accrochez-vous, ça va aller vite.

Aucun plan ne dure plus de cinq secondes, quant aux scènes, c’est rare si elles dépassent deux minutes. Le film les enchaîne à une vitesse rarement vue dans d’autres films pour les enfants. Ce qui empêche tout message moral, moment mélo-dramatique, remise en question des personnages, comme on en voit dans tous les films (y compris pour les enfants). C’est certes assez cliché de faire ça, mais quand c’est bien fait, ça attendrit toujours.

Malgosha, l'antagoniste du film // Source : Warner Bros.
Malgosha, l’antagoniste du film // Source : Warner Bros.

Sauf que Minecraft, le film, le fait aussi, en une minute chrono. Ce qui fait que les intrigues ne prennent jamais, que tout retombe à plat aussitôt gonflé. La vitesse de défilement des scènes empêche le développement de l’histoire. L’intrigue principale est ponctuée de quelques intrigues secondaires. Des intrigues secondaires là encore éclipsées en une minute, et qui n’ont jamais le temps de prendre : autant dire qu’on aurait pu les retirer que ça n’aurait rien changé au film.

Même les moments chantés par Jack Black sont très courts : quelques dizaines de secondes à peine. Ils sont là pour être là, n’ont aucune raison d’être. Les acteurs sont à l’image du rythme : la plupart surjouent. Minecraft, le film est teinté d’un humour potache, lourdingue, vieillissant même, qui ne fait rire que les plus jeunes. Même dans l’histoire : les deux personnages qu’ils jouent prennent trop de place par rapport à Henry, le vrai personnage principal. Ce dernier aurait mérité d’être davantage développé, puisqu’il est à l’image des joueurs : un jeune adolescent.

Les scènes s'enchaînent très vite, on n'a jamais le temps de digérer // Source : Warner Bros.
Les scènes s’enchaînent très vite, on n’a jamais le temps de digérer // Source : Warner Bros.

Si j’étais un boomer, je dirais que c’est un film TikTok : une succession de courts extraits qu’on peut détacher les uns des autres. Le tout rélié à une pseudo-trame narrative à base d’Orbe, de mondes parallèles et de monstres. Le souci est même plus profond que ça : Minecraft, sauf dans certains moments (durant les combats principalement), n’est pas un jeu haletant, qui fait palpiter. Ça reste un jeu tranquille, à l’image de sa bande son. On passe des heures à miner, à récolter des ressources, à façonner son monde et ses constructions bloc par bloc. Si Minecraft, le film est inspiré de Minecraft et qu’il en reprend certains codes, il n’en reprend pas du tout la philosophie.

Et l’univers du jeu, dans tout ça ?

Durant tout le film, on a souvent l’impression que Minecraft (le jeu) n’est qu’un prétexte à raconter une histoire vide d’essence. Le long-métrage n’est qu’entrecoupé de références au jeu et à son univers. On y voit le crafting, les Creepers, les Piglins, les Endermen, les moutons roses, les élytres, etc. Il traite des mécaniques (la physique du jeu est spéciale, les blocs peuvent voler par exemple) propres au jeu en solo, mais également au multijoueur. Il y a même certains clins d’œil aux simili-circuits électriques inventés par les joueurs au fil des années, voire des techniques de PvP.

Un village dans le film avec son usine à poulets cuits // Source : Warner Bros.
Un village dans le film avec son usine à poulets cuits // Source : Warner Bros.

Avec toutes ces références, Minecraft, le film arrive en quelque sorte à ravir les fans du jeu (qui, de toute manière, seraient allés voir le film). Mais d’un autre côté, il prend beaucoup de libertés avec, inventant des personnages qui n’existent pas, des mécaniques jamais vues dans le jeu : même chose pour les environnements. Il manque quand même l’End, la troisième dimension du jeu, mythique pour son Dragon : elle n’est jamais mentionnée.

C’est sûr qu’avec un gameplay aussi libertaire, Minecraft n’est pas un jeu adaptable en fiction. On apparaît dans un monde et on peut faire ce qu’on veut : si on veut un peu d’histoire, on peut aller battre un dragon dans une autre dimension et c’est tout. Il y a bien des crédits de fin, mais ils sont surtout là pour faire joli.

Les jeux d'acteur de Jason Momoa et de Jack Black sont parfois irritables // Source : Warner Bros.
Les jeux d’acteur de Jason Momoa et de Jack Black sont parfois irritables // Source : Warner Bros.

Il faut reconnaître à Minecraft, le film, d’être plutôt inclusif en expliquant brièvement tous les concepts à un public non initié. Aka les parents des enfants et adolescents qui iront voir ce film. Attention : toutes les blagues ne pourront pas être comprises par des spectateurs qui n’ont jamais joué à Minecraft. C’est bien de penser à eux des fois, même si c’est sûr : ils n’apprécieront pas le film.

Les Ghast aussi sont présents dans le film : ils tirent des boules de feu // Source : Warner Bros.
Les Ghast aussi sont présents dans le film : ils tirent des boules de feu // Source : Warner Bros.

Petit mot sur l’aspect visuel du film : il est en rupture avec tout ce qu’on connaissait de Minecraft. Pourtant, il y a bien des courts-métrages inspirés du jeu partout sur YouTube. On connaissait les jeux Minecraft: Story Mode, qui avaient même été adaptés en série, ou encore Minecraft Dungeons plus récemment. Des jeux et une série qui avaient repris l’esthétique de Minecraft dans une sauce proche du jeu.

Là, Minecraft, le film s’en détache totalement pour une bonne raison : c’est un film en live action (ce qui est sans doute une erreur), qui mélange donc des prises de vue réelles avec des univers en 3D. Sauf que le film n’a pas eu le choix : Minecraft est un jeu moche visuellement (du moins pour le grand public) et il l’a toujours été : c’est son principe même. Les blocs dans le jeu ont des textures de 16 pixels par 16 pixels : impossible de transcrire ça sur un écran géant de cinéma. Voilà une autre raison qui explique pourquoi ce jeu n’est pas adaptable.

Je vous jure, les explosions dans Minecraft, ça ne ressemble pas à ça // Source : Warner Bros.
Je vous jure, les explosions dans Minecraft, ça ne ressemble pas à ça // Source : Warner Bros.

En résulte un film aux couleurs très vives (pour ne pas dire criardes), à l’aspect très cartoonesque, rempli d’effets spéciaux (qu’on n’a jamais dans le jeu non plus) à base d’explosion et de passes d’armes. Des effets spéciaux pas si jolis que ça : les explosions n’ont aucune originalité, et les animaux et créatures dans le jeu ont un aspect étrange. Pas autant qu’un Sonic dans la première bande-annonce de son film, mais quand même.

S’il y a quelques scènes qui élargissent la focale pour montrer de grands environnements, elles sont trop rares, alors que là encore : c’est le principe même de Minecraft. Le monde de Steve qu’on voit au début du film n’est montré que très vite fait, alors qu’il paraît avoir nécessité beaucoup de temps à Steve pour le construire. Cela aurait permis de montrer la créativité dont on peut user dans le jeu.

Le problème avec Minecraft, le film

Ce titre ci-dessus est très stéréotypé, à l’image du film qu’il décrit. Comme on l’entend si souvent, la principale limite de Minecraft, c’est notre créativité. Si elle est sans limites, alors on peut faire ce qu’on veut. Mais de la créativité, les scénaristes de Minecraft, le film en ont sûrement manqué. Quitte à réaliser un film sur le jeu, il aurait fallu prendre des risques artistiques plus grands, en assumant que puisque le jeu n’avait pas d’histoire, alors le film n’en aurait pas non plus.

La rencontre des deux mondes ne fonctionne pas // Source : Warner Bros.
La rencontre des deux mondes ne fonctionne pas

Ce qui est sûr, c’est que « le jeu le plus vendu de tous les temps » ne donnera pas lieu au « film le plus vu de tous les temps ». Minecraft, le film aurait pu s’appeler tout sauf Minecraft que ça n’aurait rien changé. Minecraft, le film est indigne d’un jeu aussi beau que Minecraft (alors qu’il a si peu de pixels). Si vous avez moins de 8 ans (vous lisez Numerama ?) et que vous aimez bien jouer à Minecraft, allez voir ce film : vous ne passerez pas un bon moment. Il y a une autre raison d’aller le voir : si vous avez un enfant de moins de 8 ans qui aime bien jouer à Minecraft.

Le verdict

Les quatre personnages du film qui rencontrent Steve // Source : Warner Bros.
2/10

Minecraft, le film

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Il n’y a pas d’offres pour le moment
Minecraft, le film aurait pu ne pas s’inspirer du tout du jeu que ça n’aurait pas été un problème, au contraire. Cela aurait éviter une heure et quarante minutes d’une souffrance cognitive à ses spectateurs. Rassurez-vous, si vous avez un enfant fan du jeu, il adorera le film et c’est sans doute ça le principal. Le long-métrage a le mérite d’avoir un point commun avec le jeu : le récit, on s’en fout pas mal.
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