Lorsque Nintendo a officialisé ce que certains créateurs de contenu en manque de buzz ont pris bien trop de plaisir à faire fuiter, l’industrie du jeu vidéo a quelque peu tremblé. Après tant d’années à fantasmer sur une version modernisée de celui que beaucoup considéraient toujours comme le plus grand chef-d’œuvre de tous les temps, le retour de The Legend of Zelda: Ocarina of Time sous forme d’un remake exclusif à la Nintendo Switch 2 est devenu une improbable réalité. Mais à l’heure des possibilités infinies d’une IA que personne ne maîtrise vraiment, cette firme si traditionnaliste était-elle capable d’offrir aux joueurs une expérience à la hauteur de ce que des années de projets de fans sous Unreal Engine nous ont fait espérer ? N’ayons pas peur des mots : Nintendo a fait opérer sa magie une fois de plus, dans des proportions que nous n’imaginions pas, et dont nous n’osions même pas rêver.
Points forts
- Un game design d’ensemble qui n’a finalement pas vraiment vieilli
- Les cinématiques et réorchestrations musicales sont formidables
- Ce sentiment unique de revivre un des plus grands chef-d’œuvre de tous les temps avec des moyens modernes
Points faibles
- Pas de mode difficile ni de Master Quest à débloquer
- Le choix de bouton pour courir n’est pas ergonomique du tout
- Vous voyez à quel point on en vient à inventer des défauts ?
Un remake foncièrement indispensable
Est-il vraiment nécessaire de vous faire l’affront de réexpliquer ce qu’est vraiment The Legend of Zelda: Ocarina of Time et pourquoi son remake fait tant sens ? Bien sûr que oui : si Nintendo propose de redécouvrir son tour de force historique de 1998, ce n’est pas uniquement par simple appât du gain. La licence Zelda a certes fêté ses 40 ans cette année, et le chef-d’œuvre de la Nintendo 64 en est le troisième volet le plus vendu derrière les deux mastodontes de la Nintendo Switch, mais le remettre au goût du jour fait plus que sens, notamment à l’approche de la sortie en salles du premier film live-action autour de son univers, dans un peu moins de six mois.
Même s’il a connu une première révision salvatrice en 2011 pour accompagner la sortie de la Nintendo 3DS et célébrer le quart de siècle de la franchise, Ocarina of Time est une œuvre vieillissante et difficile à apprécier pour les novices sur des supports officiels, surtout pour celles et ceux qui ont découvert la licence avec Breath of the Wild ou Tears of the Kingdom, et leur approche d’ensemble résolument plus moderne.

En effet, on rappellera que la boucle de gameplay de ce qui fut le premier opus Zelda en trois dimensions souffre presque d’une trop grande absence de prise de risques, tant il reprenait à sa sauce la structure du légendaire A Link to the Past, paru en 1991 sur Super Nintendo. Grossièrement, Link se réveille et se sent confier bien malgré lui la destinée du royaume d’Hyrule, réunit trois artefacts légendaires en complétant autant de donjons labyrinthiques dont il terrasse les gardiens, avant de comprendre que sa véritable aventure commence en retirant de son socle une épée légendaire.
À partir de là débute une exploration plus complète d’un monde qui s’ouvre de plus en plus au gré des objets acquis (entre autres) dans les donjons, l’objectif étant de se mesurer au fléau menaçant Hyrule (l’abominable Ganon) au terme d’un ultime combat épique, délivrant au passage la princesse Zelda. Une structure efficace, au rythme brillant et aux mécanismes de progression ingénieux, qui plus est magnifiés par la science du level design du jeune Eiji Aonuma, concepteur à l’époque des donjons et devenu depuis producteur de la saga. Oui, sauf que cette formule, il n’en veut plus aujourd’hui pour les futurs Zelda, et il nous a bien fait comprendre à de multiples reprises qu’elle appartenait au passé…

En outre, si le « game changer » dirigé par Shigeru Miyamoto et Eiji Aonuma en 1998 jouira éternellement d’un statut indiscutable à ce sujet, tant il a révolutionné le jeu vidéo d’action-aventure en trois dimensions, seuls les plus grands nostalgiques prennent encore du plaisir à y rejouer en version originale. N’ayons pas peur des mots : comme quasiment tous les grands jeux de son époque, où cette 3D naissante était encore mal maîtrisée et où stabiliser un framerate à 30 images par seconde relevait de l’authentique exploit, la version originale d’Ocarina of Time est horrible à jouer en 2026. Lorsque son vrai-faux rival de l’époque, Final Fantasy Ⅶ (1997) se vit offrir un remake ultra ambitieux à destination de la PlayStation 4 en 2020, nous avions été très nombreux à rêver de voir Nintendo faire enfin preuve d’ambition. Il était temps d’exploiter sa console du moment pour offrir à son joyau maison mieux qu’un simple lifting HD d’une version 3DS acceptable, mais elle aussi déjà d’un autre âge. Le problème ? Nintendo étant Nintendo, il ne le ferait sans doute pas. Probablement même jamais.

Des ambitions à la hauteur de l’œuvre
Seulement voilà : contre toute attente, Nintendo l’a fait, et il a fallu attendre la puissance d’une machine comme la Switch 2 pour sublimer Ocarina of Time à sa juste valeur, et concrétiser des espoirs que personne n’osait avoir. Parce que oui, vous l’avez très probablement vite compris en voyant les différentes bandes-annonces et les innombrables visuels diffusés par l’éditeur depuis l’officialisation : l’éditeur japonais a mis les petits plats dans les grands pour sublimer le joyau de sa couronne. Là où tant de ses classiques n’ont eu droit qu’à un joli lissage et à une amélioration de la résolution et des performances, Ocarina of Time n’est pas un jeu comme les autres, et ça, son créateur en est heureusement pleinement conscient. L’expérience nous avait laissé croire que les développeurs n’en avaient rien à faire, et nous nous sommes trompés à leur sujet, une fois de plus.

Ainsi, nous faisons véritablement face à la première production 100 % interne de Nintendo donnant l’impression que le constructeur est enfin entré dans une nouvelle génération de machines. Le remake d’Ocarina of Time est assurément un jeu que la première Switch n’aurait jamais été fichue de faire tourner convenablement, ou alors peut-être en 30 images par seconde, et sans cette finesse graphique à laquelle la firme kyotoïte ne nous avait pas habitués. Cela pourrait presque sonner comme une insulte aux yeux des puristes, mais celles et ceux qui rêvaient de voir un traitement visuel « à la PlayStation » combiné à la science innée du gameplay de Nintendo seront aux anges : Ocarina of Time est le jeu vidéo le plus impressionnant visuellement que le constructeur japonais ait jamais conçu. Nous n’allons pas (trop) nous étendre en longueurs sur ce point : le remake d’Ocarina of Time est incroyablement beau et soigné, dans des proportions que nous ne soupçonnions aucunement chez son créateur.

Le souci du détail d’ensemble, les animations de Link (et des ennemis) et les effets de lumière sont proprement ahurissants, qu’il s’agisse de décors extérieurs ou intérieurs, à tel point que ce qui était terrifiant sur Ninteno 64 l’est toujours autant 28 ans plus tard. Le rendu d’ensemble était si saisissant que l’on avait redouté initialement la première utilisation enfin efficace de l’Unreal Engine 5 sur une console qui semble mal à l’aise avec, ou a minima celle d’un DLSS embarqué dans sa nouvelle génération de machine hybride. Rien de tout cela : Nintendo a choisi de polir le plus beau de ses diamants sur un moteur maison, et a opté pour le FSR d’AMD pour gérer l’upscale et l’anti-aliasing.
Il en résulte un jeu sublime, presque trop réaliste pour les fans les plus hardcore qui ne veulent pas voir Nintendo « faire du PlayStation », à tel point que la finesse de réalisation des bâtiments, notamment dans le Temple de la Forêt, rappelle un peu le niveau de finition incroyablement immersif que permet le RE Engine de Capcom sur les derniers Resident Evil. Osons donc le dire : sur le plan purement graphique, ce remake est indiscutablement le plus beau jeu vidéo de l’histoire de Nintendo. Et on n’a pas encore parlé des cinématiques.

Une performance à l’épreuve du temps
Toutefois, comme Ocarina of Time est basé sur un game design d’ensemble très ancré dans des standards de 1998, il y avait toutes les raisons du monde de craindre que même en opérant un lifting graphique désarmant de beauté (et foncièrement inhabituel connaissant les habitudes de Nintendo), son aspect un peu désuet gâche vite le feeling manette en mains. C’est ici que réside en vérité l’exploit le plus retentissant de ce remake, et qui le fait passer d’un travail de retouche visuel phénoménal (que tout le monde n’aimera peut-être pas mais qu’il faut saluer) à une prouesse de modernisation hors normes. Nous en étions quasiment convaincus mais il fallait y jouer pour le comprendre : si Nintendo ose enfin un véritable remake ambitieux, c’est qu’il sait ce qu’il fait, et nous devons lui faire confiance.

N’y allons pas par quatre chemins : désireux de profiter pour la troisième fois (après les versions N64 et 3DS) de tout ce dont est capable de proposer son univers si enchanteur, nous avons passé une trentaine d’heures à nous émouvoir de ce dont nous ne saurions pas permis de rêver, à savoir que Ocarina of Time est toujours un jeu vidéo incroyable à parcourir près de trente ans après, tant l’intelligence de son game design est stratosphérique. Il y a ainsi fort à parier qu’en plus de celles et ceux qui le redécouvriront avec passion, nombreux seront les nouveaux joueurs qui ne le trouveront aucunement daté et, oui nous osons l’affirmer, déploreront l’absence de titres usant de ce type de structure dans le catalogue contemporain de Nintendo (et, plus largement de l’ensemble de l’industrie). C’est d’ailleurs très probablement l’un de ses objectifs premiers : rassembler plusieurs générations de joueuses et de joueurs autour d’un titre dont cela est finalement, d’une certaine manière, le cœur du propos.

Il a en effet fallu quelques minutes aux commandes de Link évoluant au sein de la forêt Kokiri, en quête de l’épée et du bouclier l’autorisant à rencontrer l’Arbre Mojo, pour comprendre que Nintendo était intégralement en charge de la réalisation de ce remake en interne. Chaque séquence de gameplay jouit d’un niveau de précision redoutable, porté par les améliorations de confort évidentes d’un jeu de 2026 (bouton de saut, gestion manuelle de la caméra à 360°, mapping des touches modernes… sauf peut-être pour courir) qui donnent l’impression d’évoluer dans l’univers magique du classique de 1998 avec la fluidité de gameplay d’un Breath of the Wild, voire d’un Super Mario Odyssey (les 60 images par seconde, littéralement jamais prises à défaut, offrant une fluidité d’action particulièrement plaisante).
On en rêvait, Nintendo l’a fait : Ocarina of Time est divin à jouer, davantage que dans nos plus beaux fantasmes d’adolescent ou d’enfant, et surtout meilleur que n’importe quel projet de fan semblant limite trop beau par rapport aux ambitions habituellement affichées par la marque. On aimerait se perdre en explications pour vous le faire comprendre mais honnêtement, on ne saura que trop vous recommander d’y succomber à votre tour pour réaliser le plaisir intense que procure cette nouvelle expérience.

Oui, c’est le même jeu, et alors ?
Cependant, et c’est peut-être cela qui lui sera le plus reproché en fin de compte (mais pas par nous) : ce remake est Ocarina of Time et n’a aucune intention d’en offrir beaucoup plus ni de chambouler quoi que ce soit. Le jeu a bien été recréé à l’échelle 1:1 l’essentiel du temps, rajoutant quand même quelques coffres qui n’existaient pas en 1998, décalant certains murs, agrandissant des espaces précis, ou rallongeant un petit peu certaines séquences pour leur donner un peu plus de profondeur. Du coup, c’est le même jeu ou presque : seuls les plus grands puristes verront les différences. Si vous connaissez l’œuvre originale par cœur, rien ne vous surprendra si ce n’est la qualité époustouflante de sa réalisation, et surtout de sa mise en scène dans les cinématiques. Le jeu est par ailleurs intégralement doublé en français (et oui, des références habituelles sont au rendez-vous), et la VF est particulièrement soignée. Mention spéciale à Navi qui n’est plus aussi envahissante, mais constitue enfin une compagnie appréciable.

Quant à la bande son… ne nous lancez pas dessus, sinon on est parti pour trois paragraphes de plus. Sachez juste que, comme en 1998 là encore, chaque composition est phénoménale, allant de la réorchestration fidèle et efficace à la tentative audacieuse et maîtrisée d’offrir une touche ambiante et évolutive (notamment à travers les thèmes nocturnes assez formidables) à des classiques que l’on pensait intouchables. Un constat qui résume assez bien l’expérience de ce remake artistiquement audacieux, d’une maîtrise d’ensemble sans faille, et auquel rien ne manque si ce n’est peut-être l’ajout d’un mode difficile (le jeu reste très simple) ou d’une Master Quest à débloquer. Une absence modérément déplorable néanmoins, tant son ajout faisait davantage sens à l’époque. Et honnêtement, si c’est le prix à payer pour que Nintendo offre le même privilège à Majora’s Mask dans le futur, qu’il en soit ainsi. On en viendrait presque à signer pour également voir Super Mario 64 recréé de la sorte.

En fin de compte, le fait que Ocarina of Time n’ait quasiment pas changé, et que Nintendo se soit « contenté » de le conformiser à l’exigence du cahier des charges d’un jeu vidéo de 2026, n’est jamais un problème. On en vient même à trouver l’Amphithéâtre des monstres (nouvelle zone exclusive où l’on peut affronter à nouveau tous les ennemis et boss déjà abattus), seule véritable nouveauté en termes de contenu, anecdotique sans être de trop.
L’équilibrage d’ensemble de l’expérience de ce chef-d’œuvre, qui sait moderniser sa maniabilité sans jamais trahir ses fondamentaux, donne l’impression d’un vrai nouveau jeu terriblement satisfaisant, envoûtant et émouvant. Surtout, ce remake constitue l’un des plus beaux exploits de l’histoire d’une entité réputée pour sa frilosité et son incapacité à capitaliser avec aisance sur la montagne d’or qu’elle a constituée en cumulant les best-sellers et merveilles de cet acabit. The Legend of Zelda: Ocarina of Time était un des plus grands jeux vidéo de tous les temps ; sa version 2026 est assurément un des plus grands remakes de jeux vidéo de tous les temps.

Le verdict

The Legend of Zelda: Ocarina of Time
Voir la ficheOn a aimé
- Un game design d’ensemble qui n’a finalement pas vraiment vieilli
- Les cinématiques et réorchestrations musicales sont formidables
- Ce sentiment unique de revivre un des plus grands chef-d’œuvre de tous les temps avec des moyens modernes
On a moins aimé
- Pas de mode difficile ni de Master Quest à débloquer
- Le choix de bouton pour courir n’est pas ergonomique du tout
- Vous voyez à quel point on en vient à inventer des défauts ?
Les abonnés Numerama+ offrent les ressources nécessaires à la production d’une information de qualité et permettent à Numerama de rester gratuit.
Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l’I.A, contenus exclusifs et plus encore. Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.
Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci
Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.
Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :
- 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
- 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
- 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.
Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
Tous nos articles sont aussi sur notre profil Google : suivez-nous pour ne rien manquer !



