À quoi faut-il s’attendre pour le programme spatial lunaire de la NASA et, plus particulièrement, pour tout ce qui est prévu du côté de SpaceX dans le cadre des missions Artémis ? L’agence spatiale américaine a fait un point à l’occasion du Congrès international d’astronautique (IAC), qui se tenait à Antalya, en Turquie, du 5 au 9 octobre 2026.
Un point d’autant plus nécessaire que les contours du programme Artémis ont évolué au cours des derniers mois. Steve Creech, qui dirige à la NASA le programme des atterrisseurs lunaires habités (HLS, pour Human Landing System), a présenté un calendrier actualisé pour le Starship, avec des jalons attendus trimestre par trimestre.
L’actuel planning découle du remaniement annoncé le 27 février 2026 par Jared Isaacman, administrateur de la NASA. Artémis III devait être le premier alunissage habité depuis Apollo 17, en 1972. Elle est devenue une mission d’essais en orbite autour de la Terre, avec quatre astronautes à bord, dont un Européen.

D’après la présentation, Artémis III doit décoller en 2027 (cela correspond aux plans présentés ce printemps) pour tester l’amarrage du vaisseau Orion avec les deux atterrisseurs en concurrence, celui de SpaceX et le Blue Moon de Blue Origin. Le premier alunissage passe à Artémis IV, début 2028, et le deuxième à Artémis V, fin 2028.
Les deux engins sont très différents. Le Starship lunaire est l’étage supérieur de la fusée lui-même : 52 mètres de haut, six moteurs Raptor au méthane, une cabine tout en haut et un ascenseur pour descendre les astronautes jusqu’au sol. Le Blue Moon, lui, mesure 16 mètres et ses passagers descendent par une échelle.
Ce calendrier laisse à Starship un peu plus d’un an pour réussir deux choses qu’il n’a jamais faites : faire le plein en orbite, puis se poser sur la Lune sans équipage, avant la fin de 2027. Le créneau est très serré, mais SpaceX a récemment progressé avec le Starship, notamment en matière de vol orbital.
Le plein en orbite début 2027, la Lune fin 2027
Voici les grandes étapes que le calendrier de la NASA fixe à SpaceX :
- fin 2026 : premier Starship rattrapé par la tour de lancement, premier vol depuis la Floride, première réutilisation d’un propulseur Super Heavy V3, et fin de la construction de « Cabin One », une cabine d’équipage grandeur nature testée au sol à Starbase, au Texas ;
- début 2027 : démonstration de transfert de carburant et deuxième pas de tir en Floride ;
- printemps 2027 : test des pieds d’atterrissage, essais du sas sur Cabin One et transport du vaisseau de test vers la Floride par barge ;
- été 2027 : mission Artémis III ;
- fin 2027 : premier vol d’un ravitailleur, lancement de l’atterrisseur de démonstration et alunissage sans équipage.
Pour la NASA, le transfert de carburant est l’un des plus gros défis techniques du programme.
Starship arrive en orbite les réservoirs quasi vides, car il a brûlé l’essentiel de son méthane et de son oxygène liquides pour quitter la Terre. Pour filer vers la Lune, il doit donc être rempli par d’autres Starship, qui servent de ravitailleurs. Ces liquides sont stockés sous les -160 °C, et personne n’a encore fait ce transfert d’un vaisseau à l’autre à cette échelle.

SpaceX n’a pas encore remporté la mise (le premier alunissage n’est pas attribué)
L’affaire n’est pas encore gagnée pour SpaceX. La NASA écrit noir sur blanc que l’atterrisseur d’Artémis IV n’est pas choisi à ce jour. Certes, SpaceX avait été retenu seul en 2021 pour ce premier alunissage. Depuis, il faut compter avec Blue Origin, qui prévoit son propre atterrissage sans équipage au cours du premier trimestre 2028. La concurrence est là.
SpaceX a d’ailleurs déjà pris du retard. Dans un rapport publié le 10 mars 2026, l’inspection générale de la NASA estime que le Starship lunaire a pris au moins deux ans de retard depuis la signature du contrat, en juillet 2021, et que d’autres décalages sont à prévoir. Les échéances posées par Elon Musk peinent ainsi à être respectées.
Au-delà de ce premier alunissage, la présentation esquisse la suite pour SpaceX, après 2028. Une version cargo de Starship, capable de déposer environ 15 tonnes sur la Lune, devrait y livrer un rover pressurisé développé par l’agence spatiale japonaise (JAXA). La NASA compte confier cette mission à SpaceX, mais pas avant son exercice budgétaire 2032, qui démarre en octobre 2031.
Jared Isaacman doit faire le point sur Artémis III et Artémis IV ce vendredi 23 octobre, à 20 heures (heure de Paris), lors d’une conférence de presse au centre spatial Kennedy, en Floride.
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