Le réalisateur de Knives Out et de Star Wars : Les Derniers Jedi a demandé à son directeur de la photo de lui coder l’app photo de ses rêves pour iPhone. Elle s’appelle Chromagraph Camera, coûte 14,99 €, et s’est hissée en quelques jours à la première place des apps payantes en France dans la catégorie Photo et vidéo.

Il y a 1 000 façons de rater une photo avec un iPhone, notamment parce qu’Apple n’est pas allé aussi loin dans l’accompagnement algorithmique des utilisateurs que Google avec ses Pixel. Depuis quelques années, le traitement d’Apple (HDR intelligent, Deep Fusion, Photonic Engine…) produit des images d’une netteté redoutable, mais aussi d’une uniformité qui commence à lasser les photographes. C’est pour cela qu’Apple a sorti récemment ses Styles, qui ne sont pas des filtres et qui permettent de reprendre la main sur des tas de paramètres. À titre perso, les Styles m’ont complètement réconcilié avec les photos à l’iPhone.

Rian Johnson, lui, fait visiblement partie des lassés, mais pour lui, les Styles ne sont pas suffisants.

« J’ai récemment harcelé mon directeur de la photo pour qu’il me fabrique mon app photo idéale pour iPhone. » C’est ainsi que le cinéaste a présenté Chromagraph Camera sur X le 28 octobre 2026, dans un message vu plus de 11 millions de fois. Le directeur de la photo en question, c’est Steve Yedlin, qui a signé l’image de tous ses films depuis Brick en 2005, de Looper à Wake Up Dead Man, le dernier Knives Out.

Il a développé l’app avec Eric Cameron, dev spécialisé en science des couleurs. Johnson raconte qu’il voulait simplement l’outil pour lui-même, parce qu’il prend énormément de photos avec son téléphone, et que ses deux complices ont décidé de la publier (super le storytelling, mais on y croit moyen).

Que fait Chromagraph pour 15 € ?

L’app capture en RAW, ignore entièrement le traitement d’image de l’iPhone et lui substitue celui que Yedlin applique sur les films de Johnson, adapté au comportement des capteurs d’Apple. L’éditeur insiste sur la nuance : un filtre se pose sur une image déjà traitée par le téléphone, alors que Chromagraph repart des données brutes du capteur. Exactement comme les Styles d’Apple.

Autre parti pris, emprunté à l’argentique : on cadre, on déclenche, et on ne découvre le rendu final qu’en ouvrant la galerie. L’app permet ensuite d’ajuster couleur, exposition, grain et halo lumineux (la « halation », ce léger débordement de lumière autour des hautes lumières propre à la pellicule), sans toucher au fichier RAW d’origine, conservé dans l’app. Les photos s’exportent en JPEG ou HEIC vers la photothèque, éventuellement de façon automatique.

Rian Johnson a lui-même listé les limites dans la foulée : pas de vidéo pour l’instant, l’équipe y réfléchit, mais ce ne serait sans doute possible que sur les derniers iPhone Pro (ce ne serait pas le premier ni le dernier à verrouiller du logiciel sur un matériel spécifique). Et pas d’Android : l’homogénéité du matériel d’Apple est ce qui permet à une si petite équipe de calibrer le rendu avec confiance, explique-t-il, quand la diversité des smartphones Android l’en empêche.

Le look Yedlin dans la poche

Pour comprendre le succès de l’app, il faut connaître Steve Yedlin. Le chef opérateur défend depuis des années, démonstrations vidéo à l’appui, une thèse qui agace une partie de la profession : le « look » d’un film doit bien plus à la façon dont on traite les images qu’à la caméra qui les a captées. Chromagraph est l’application grand public de cette idée. Votre iPhone reste un iPhone, mais il hérite de la même chaîne de traitement que les films de Johnson.

Évidemment, ce rendu est un parti pris assumé. Ceux qui aiment les photos d’iPhone telles qu’elles sortent de l’appareil risquent de trouver le rendu un peu sombre. L’idée de court-circuiter le traitement d’Apple n’est pas neuve non plus : Halide, l’app photo de référence des puristes, propose déjà un mode qui fait la même chose. La différence tient à la signature : Halide vous rend une image brute, Chromagraph vend le regard d’un chef opérateur.

Côté pratique, l’app coûte 14,99 € en France (12,99 dollars aux États-Unis), en achat unique, sans abonnement ni achat intégré (une rareté devenue presque exotique sur l’App Store), demande iOS 17 ou plus, et l’éditeur déclare ne collecter aucune donnée.

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