C’est un navire qui n’existe, pour l’instant, que sur papier, mais qui préfigure peut-être ce que sera la marine dans vingt ans. Pour l’édition 2026 du salon Euronaval à Paris, le géant de la défense Naval Group a présenté le concept SCX 26. Il s’agit d’un navire qui embarquerait des technologies futuristes, à côté de systèmes d’armes plus classiques.
Dans le détail, il s’agit d’un bateau long de 170 mètres, qui déplace 8 000 tonnes. Prévu pour un équipage de 150 marins (plus 100 places pour un état-major ou du personnel spécialisé), il est pensé pour parcourir plus de 8 000 milles nautiques (environ 14 800 kilomètres) et filer jusqu’à 30 nœuds (environ 55,5 km/h). Naval Group dit l’avoir conçu pour associer « puissance, évolutivité et résilience ».
Côté armement, Naval Group parle de plus de 100 silos VLS (Vertical Launching System, des cellules de lancement vertical pour missiles) de différentes classes, d’une artillerie secondaire téléopérée à 360°, de munitions téléopérées (des drones kamikazes, en clair) et même deux lanceurs modulaires polyvalents Rampart, système qui a été testé en mer récemment.
Mais Naval Group y ajoute aussi des armes encore expérimentales. On parle en particulier d’un « canon électromagnétique à capacité de salves rapides », à côté d’un laser de 100 kilowatts (kW), deux solutions que l’on croise surtout sur des prototypes et lors d’essais.
Pourquoi ajouter un canon électromagnétique à côté d’une centaine de silos à missiles ? Pour le prix du tir. Un canon électromagnétique (on parle aussi de railgun) fonctionne sans poudre. Il fait passer un courant électrique très intense dans deux rails parallèles, et le champ magnétique créé lance l’obus entre ces rails à plusieurs fois la vitesse du son.
Comme le projectile n’a ni explosif ni moteur, il coûte beaucoup moins cher qu’un missile. Cela correspond à ce que Naval Group dit viser : répondre aux menaces « multiples et saturantes », comme les essaims de drones, sans vider son stock de missiles. Accessoirement, comme il est inerte, ce projectile est aussi beaucoup plus sûr à stocker dans les soutes d’un navire.
Les précisions s’arrêtent là : l’industriel ne publie aucune caractéristique de l’arme, ni calibre ni portée. Le SCX 26 est surtout un exercice de prospective. Naval Group prévient d’ailleurs qu’il ne préfigure « pas nécessairement un programme à venir ». Le concept montre toutefois comment Naval Group imagine la guerre en mer de demain.

Une arme que la marine américaine a laissée tomber
Aujourd’hui, aucune marine n’utilise encore cette arme en dehors des essais. Les États-Unis ont fini par y renoncer, alors que la Navy américaine a longtemps cru au railgun. Elle a arrêté son programme en juillet 2021, après y avoir consacré environ 500 millions de dollars (environ 450 millions d’euros) en quinze ans, selon The Defense Post.
Plusieurs facteurs ont pesé dans la balance, selon la marine américaine : le budget pour développer ce programme, la difficulté à installer l’arme sur ses navires et les avancées de plusieurs autres systèmes, comme les lasers et les missiles hypersoniques. Surtout, le fonctionnement du canon lui-même posait problème.
Dès 2018, l’amiral John Richardson, alors chef des opérations navales américaines, expliquait devant le Congrès que le tube du canon était le maillon faible : ses matériaux devaient supporter à chaque tir une décharge électrique, une chaleur et une pression extrêmes. En clair, les rails s’usaient beaucoup trop vite.
Pas de quoi, donc, remplacer rapidement les missiles habituels et l’artillerie à l’ancienne.
Cela étant, d’autres continuent de s’y pencher. C’est le cas du Japon : sa marine a même tiré pour la première fois avec un canon électromagnétique sur un autre navire, lors d’essais en mer en 2025. La France travaille aussi sur le sujet : elle s’est associée en 2024 à l’Allemagne et au Japon pour développer ces canons.
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