Choisir ses élus, puis décider si un data center peut s’installer près de chez soi : aux États-Unis, les deux peuvent se faire sur le même bulletin. Le 3 novembre 2026, les Américains ne votaient pas seulement pour renouveler la Chambre des représentants et une partie du Sénat. Selon leur lieu de résidence, ils pouvaient aussi élire un gouverneur, des responsables locaux ou se prononcer directement sur des décisions publiques.
Ces questions, appelées ballot measures, permettent d’approuver ou de rejeter une proposition à l’échelle d’un État ou d’une collectivité. Certaines sont soumises par les autorités, d’autres par des habitants ayant recueilli suffisamment de signatures. Les sujets varient donc d’un bulletin à l’autre : fiscalité, règles locales… et, cette année, construction de data centers.
Dans plusieurs dizaines de collectivités, les électeurs devaient ainsi décider s’il fallait autoriser un projet, interdire certaines installations ou renforcer l’encadrement des data centers. Et les premiers résultats sont très défavorables à leur développement.
Les restrictions dominent les premiers résultats
Selon les données de Data Centers on the Ballot, compilées par Redbud Consulting et mises à jour le 4 novembre à 12h16 (heure de Paris), le camp des restrictions était en tête dans 39 des 40 consultations disposant de résultats. Le site recensait 45 mesures pour le scrutin du 3 novembre. Ce bilan comprend des dépouillements encore en cours et les résultats ne sont pas encore certifiés.

À Trenton, dans l’Ohio, près de 80 % des votants ont approuvé une modification de la charte municipale interdisant la construction de data centers dépassant 25 mégawatts de puissance électrique. La proposition avait été portée par un groupe de riverains, qui avait recueilli des signatures pour obtenir son inscription au scrutin.
À Wilmington, toujours dans l’Ohio, les habitants ont voté contre un projet de data center en refusant que quatre terrains puissent accueillir des activités industrielles. Chacun de ces changements nécessitait un vote distinct : les quatre propositions ont été rejetées à environ 80 %, selon les résultats publiés par le comté de Clinton.
Ces votes montrent une forte opposition dans les communes concernées. Ils ne permettent toutefois pas de conclure que l’ensemble des Américains partage cet avis : seuls les habitants de certains territoires étaient consultés.
Des votes qui n’interdisent pas tous les data centers
Si les résultats vont largement dans le même sens, les habitants ne répondaient pas partout à la même question. Certaines communes proposaient d’interdire les nouveaux data centers, d’autres de limiter leur taille ou de soumettre leur construction à des conditions supplémentaires.
Il arrivait aussi que le vote serve uniquement à recueillir l’avis de la population. À Monroeville, dans l’Ohio, près de 88 % des votants se sont ainsi prononcés contre l’accueil de data centers. Mais la consultation n’étant pas contraignante, ce résultat ne suffit donc pas à en interdire la construction.
À Trenton, en revanche, le vote impose une limite de 25 mégawatts aux nouvelles installations. Le campus Amazon de 1 000 mégawatts, que la ville envisageait d’accueillir en agrandissant son territoire, dépasse largement ce seuil : sa construction est donc compromise, rapporte la radio locale WVXU. Le sort du data center de 250 mégawatts que Prologis construit déjà dans la commune reste, lui, incertain.

La municipalité mettait pourtant en avant des financements pour les écoles et des avantages fiscaux pour les habitants. Ces arguments n’ont pas empêché près de quatre électeurs sur cinq de voter pour l’interdiction des grandes installations.
Car derrière les services comme ChatGPT, il faut des serveurs, de l’électricité pour les faire tourner et des systèmes pour les refroidir. La course à l’IA multiplie ces besoins, avec des conséquences très locales : des terrains à mobiliser, une demande supplémentaire sur le réseau électrique, une consommation d’eau qui dépend du refroidissement choisi et le bruit des équipements.
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