Bien que de plus en plus populaires, les voitures électriques peinent parfois à convaincre un public qui continue de ne voir que les points négatifs. Du coup trop élevé aux infrastructures de recharge qui n’inspirent pas confiance en passant par une autonomie encore insuffisante, tout y passe. Pour que la voiture électrique puisse conquérir les plus indécis, voyons ce qui doit changer.

En une grosse dizaine d’années seulement, les voitures électriques sont passées de curiosité que l’on croisait exceptionnellement à quelque chose de commun, au point que l’on y porte plus vraiment attention. En 2023, la voiture la plus vendue au monde toutes motorisations confondues était électrique, et ce n’est probablement que le début.

Cependant, il reste encore beaucoup de réticents à la voiture électrique, pour de nombreuses raisons. Elles sont parfois valables, comme le coût à l’achat encore trop élevé, et d’autres fois imaginaires, comme l’absence de points de charge suffisamment nombreux.

En se demandant quelles seront les prochaines révolutions dans le monde de la voiture électrique, essayons de voir ce qui pourrait véritablement provoquer une révolution et accélérer son adoption partout dans le monde.

Une révolution technique : des batteries radicalement plus performantes

Depuis quelques années, les capacités des batteries des voitures électriques ont atteint un plafond situé aux alentours des 80 kWh, au-delà duquel elles sont généralement réservées aux véhicules très haut de gamme. Les deux principales raisons sont bien évidemment le coût, et la densité énergétique (c’est-à-dire la quantité d’énergie que l’on peut stocker dans un poids et un volume donné).

Par conséquent, il est difficile de dépasser les 400 kilomètres d’autonomie sur autoroute en 2025, puisque la consommation est située aux alentours de 20 kWh/100 km aux vitesses réglementaires, même pour les véhicules les plus efficients. Si ce n’est pas nécessairement gênant pour les jeunes générations qui n’ont pas des dizaines d’années d’expérience au volant d’une voiture thermique, c’est bien différent pour le reste de la population.

ionity_ioniq6 // Source : Bob Jouy/Numerama
Une Hyundai Ioniq 6 en charge sur une borne Ionity

Avec les batteries actuelles lithium-ion, imaginer parcourir 800 kilomètres sur l’autoroute n’est pas envisageable, alors que c’est tout à fait possible avec une voiture à essence depuis quelques décennies. De même, il n’existe pas encore de batterie disponible sur des véhicules en production de masse se targuant de recharger en aussi peu de temps qu’il n’en faut pour remplir un réservoir sur une station-service (sans la queue aux pompes).

Ces deux points ont peut-être une chance d’être corrigés avec les batteries solides et au sodium-ion. Certaines entreprises travaillant sur le sujet annoncent une densité énergétique 2,5 fois supérieure à ce que l’on connait actuellement, permettant ainsi d’imaginer des batteries de près de 200 kWh dans des véhicules électriques. Avec une si grosse batterie, dépasser 800 kilomètres d’autonomie à 130 km/h devient envisageable, rendant les voitures que l’on connait aujourd’hui bien obsolètes.

En outre, les avancées sur les batteries solides montrent que les temps de recharge pourraient être drastiquement réduits, avec une barre symbolique des 10 minutes pour arriver à 80 % qui est presque assurée. Si en 2025, la plupart des acteurs du secteur travaillent sur les batteries solides, cette révolution ne devrait pas voir le jour avant 2030, le temps non seulement de peaufiner les processus de fabrication, mais surtout de réduire les coûts, qui sont pour le moment bien trop élevés pour mettre de tels packs dans des véhicules bon marché.

Une révolution économique : rendre l’électrique plus accessible

Il s’agit probablement du plus gros frein à l’adoption des véhicules électriques : le coût à l’achat. Bien que les économies soient présentes à l’usage, rendant rapidement une voiture électrique moins chère qu’une thermique équivalente, ce n’est pas le cas lorsque l’on fait le virement pour payer le véhicule.

Il devient difficile aujourd’hui de trouver une voiture électrique qui puisse être le véhicule principal d’un foyer à moins de 30 000 euros, et le marché de l’occasion n’en est encore qu’à ses débuts. Les quelques électriques sous la barre des 20 000 euros sont au mieux des véhicules au rayon d’action très limité (Dacia Spring, Citroën ë-C3), et au pire des véhicules plus rigolos que sérieux (Fiat Topolino, Citroën Ami).

Fiat Topolino Dolce Vita // Source : Fiat
Fiat Topolino Dolce Vita // Source : Fiat

Lorsque les incitations à l’achat sont présentes, les acheteurs répondent à l’appel, comme en témoigne le succès du leasing social en 2024, où des véhicules étaient parfois disponibles pour moins de 100 euros par mois. C’est évidemment un fort déclencheur d’achat, et de tels dispositifs gagneraient à être renouvelés à plus grande échelle. Les initiatives que l’on a pu voir en Chine, comme la BYD Seagull à moins de 10 000 euros en monnaie locale, montrent que le meilleur moyen d’inonder le marché reste de proposer un tarif très bas.

Une politique intelligente qui ne serait pas nécessairement basée sur la surtaxation des véhicules thermiques, mais plutôt sur une baisse des coûts pour le client final à l’achat d’une voiture électrique permettrait sans doute de convaincre beaucoup d’indécis. Un seuil psychologique de 15 000 euros en France pourrait bien être celui synonyme d’adoption de masse, en proposant bien entendu une voiture digne de ce nom à ce tarif.

Une révolution infrastructurelle : une recharge aussi simple qu’un plein d’essence

En 2025, il est faux de dire qu’il n’y a pas assez de bornes de recharge pour voyager sereinement. Cependant, c’est sans prendre en compte une vraie problématique qui dure depuis bien trop longtemps : le manque de simplicité liée à la charge.

En 2025, le standard devrait être le plug and charge, et toute autre forme d’authentification ne devrait être qu’exceptionnelle. Malheureusement, si c’est quelque chose qu’a compris Tesla dès le début avec ses Superchargeurs, l’adoption massive n’est toujours pas au programme aujourd’hui. De plus en plus de véhicules et de réseaux de recharge le supportent, mais force est de constater que le casse-tête des diverses cartes de recharge pour s’assurer de pouvoir voyager sereinement est toujours une réalité.

Badge de recharge pour bornes électriques // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Badge de recharge pour bornes électriques // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Si la recharge en itinérance a bel et bien fait un pas de géant lors des dernières années en France, avec le cap des 150 000 points de recharge ouverts au public en 2025 franchi, ce n’est pas le cas de la recharge à domicile pour la moitié des français vivant en immeuble collectif. En effet, selon le dernier baromètre de l’Avere, moins de 4 % des immeubles disposent d’une infrastructure de recharge collective.

C’est-à-dire que pour la quasi totalité des habitants des immeubles, se recharger à domicile est a priori impossible, et qu’il faut alors entamer des démarches pour faire valoir son droit à la prise. Seuls les plus motivés s’engageront dans cette procédure, qui aura probablement découragé la plupart d’acquérir une voiture électrique.

Il y a donc urgence à révolutionner la manière dont on conçoit la charge dans nos villes, pour qu’il n’y ait plus 2 places de recharge pour voiture électrique sur un parking de 100 places, mais plutôt qu’il soit simple, économique et systématique de pouvoir se charger lorsque l’on est garé.

Cela passe par une transformation profonde des infrastructures que l’on connaît aujourd’hui, mais qui sera nécessaire pour faire en sorte de contenter l’ensemble des citadins, pour qui la recharge à domicile est encore très compliquée. À ce titre, il serait d’ailleurs pertinent de développer les modes de recharge intelligents, avec le V2G notamment, pour que les véhicules stationnés puissent supporter le réseau électrique.

Enfin, bien que les bornes de recharge rapide soient désormais légion au bord des grands axes, une homogénéisation des puissances serait bienvenue. Il reste encore des bornes moins rapides que d’autres sur certaines stations de charge, où se mêlent des chargeurs à 50 kW et à 350 kW. Pour les nouveaux venus dans la mobilité électrique, c’est très confus, surtout lorsqu’il n’y a que peu d’indications sur les puissances réelles au niveau de chaque borne. D’ailleurs, c’est un réel problème sur les anciens Superchargeurs de Tesla, qui partagent leur puissance maximale entre deux bornes, rendant la charge deux fois plus longue lorsque tout le monde charge simultanément.

Une révolution logicielle : l’électrique doit être plus intelligente

Plutôt que de pointer du doigt les conducteurs pour leur méconnaissance de l’électrique, ou leur absence de planification suffisante, il serait bon que les constructeurs passent à la vitesse supérieure et rendent les voitures électriques vraiment intelligentes.

Les mises à jour à distance doivent être systématiquement de la partie, pour non seulement corriger certains bugs mais surtout ajouter de nouvelles fonctionnalités au fur et à mesure de la vie de la voiture. Qu’il n’y ait pas de pré-conditionnement de la batterie lorsque l’on met en destination un chargeur rapide au moment des premières livraisons est difficile à accepter, mais si c’est corrigé quelques semaines après grâce à une mise à jour, tout va bien.

L'interface Google du Volvo EX30 // Source : Ulrich Rozier pour Numerama
L’interface Google du Volvo EX30 // Source : Ulrich Rozier pour Numerama

Pour les grands trajets, il faut que la seule chose dont ait à se soucier le conducteur soit l’adresse de la destination. Entre les deux, s’il faut se recharger, le planificateur embarqué doit suggérer plusieurs options, en guidant du mieux possible vers des chargeurs rapides, qui sont en état de marche, et qui ne sont pas saturés au moment où l’on est censé arriver. Le cas échéant, le système doit rediriger vers une autre station utilisable sans que ce soit au conducteur de prendre les devants.

En outre, les habitudes de chacun doivent être prises en compte par les véhicules, pour que la recharge, le pré-conditionnement de l’habitacle et de la batterie soient toujours au bon niveau au bon moment. Pour que la voiture électrique soit vraiment intelligente, le V2G et le V2H ont tout intérêt à se démocratiser, afin que la batterie de la voiture soit une extension du réseau électrique, permettant au propriétaire de redistribuer de l’énergie vers son foyer lorsque l’électricité est plus chère.

Enfin, la conduite semi-autonome doit être proposée systématiquement, pour que le maintien intelligent dans les lignes et le régulateur de vitesse adaptatif soient un combo utilisable sur les voies rapides pour la totalité des voitures du présent. Il n’est encore pas normal en 2025 que Tesla fasse presque figure d’exception avec un Autopilot de série, quand d’autres constructeurs demandent des options coûteuses pour simplement avoir un régulateur de vitesse adaptatif.

Vers une adoption massive, mais quand ?

Vous l’aurez compris, plusieurs points sont à améliorer dans les prochaines années pour faire passer la voiture électrique à la vitesse supérieure. Il n’y aura probablement pas une seule révolution, mais plutôt de nombreuses améliorations incrémentielles. La prochaine grosse révolution sera sans doute celle des batteries solides et sodium-ion, qui vont probablement redéfinir la voiture électrique telle qu’on la connait.

Patience cependant, car si les recherches sont prometteuses, il faudra attendre 2030 au bas mot pour voir ces innovations dans des voitures pour le grand public. D’ici là, les voitures doivent être encore plus intelligentes et bon marché, pour que l’adoption massive soit enfin une réalité.

Le futur idéal de la voiture électrique autonome, qui se recharge sans-fil et est intelligente tout en ayant un coût encore plus bas qu’aujourd’hui pour une autonomie plus importante n’est toutefois pas pour tout de suite. Les évolutions sont lentes et progressives, et il faudra attendre la prochaine décennie pour que les voitures électriques qui sortent marquent une réelle ruptures avec celles d’aujourd’hui.

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